Brivael Le Pogam@brivael
À tous les technocrates du monde :
Désolé.
L’IA va vous mettre au chômage.
Pas parce qu’elle est méchante. Parce que le logiciel sur lequel vous tournez depuis cinquante ans est en train de rendre l’âme.
Pendant un demi-siècle, l’Occident a fonctionné sur un seul système d’exploitation invisible. Un postulat simple : le monde est fini, les ressources sont rares, et la seule question sérieuse est de savoir comment découper un gâteau qui rétrécit.
De ce logiciel sont sorties toutes les couches de ouate qu’on a appelées « prudence » : le principe de précaution, les normes à l’infini, la compliance, l’ESG, les études d’impact, les comités d’éthique, les sensitivity readers. Chaque décennie, une strate supplémentaire. On a cru que c’était de la sagesse. C’était de la gestion de la pénurie érigée en civilisation.
Dans ce monde perçu comme clos, tout se retourne. Créer devient suspect parce que ça consomme. Audace devient risque parce que ça dérange l’allocation. Celui qui dépasse devient problème parce qu’il déséquilibre le partage. Le renoncement devient vertu. La décroissance devient un business qui vend du désespoir aux jeunes. Et le mot « progrès » est confisqué par ceux qui gèrent le déclin.
Ce n’était pas un complot. C’était une logique. Girard l’avait vu : les idées se propagent par imitation, pas par vérité. Ce logiciel s’est répliqué de tête en tête jusqu’à devenir l’air qu’on respirait.
Son bras politique s’appelait le globalisme. Après 1945, une civilisation traumatisée a parié que pour éviter les guerres, il fallait dissoudre les nations, neutraliser les cultures, confier les décisions à des entités supranationales. Le raisonnement avait quelque chose de noble. Dans les faits, il a produit une machine à gérer : gérer les flux, gérer les risques, gérer les populations, gérer la rareté.
Thiel l’appelle l’« État-monde ». Même obsession de l’égalité, même méfiance envers l’excellence, même bureaucratie tentaculaire. Juste mieux marketé. « Inclusion » au lieu de « collectivisation ». « Gouvernance » au lieu de « plan ».
Et dans un monde fini, ce projet était rationnel. Si le gâteau ne grandit plus, alors oui, la seule chose sensée est de le découper, le surveiller, l’administrer.
Sauf que le postulat s’effondre.
Le monde n’est pas fini.
Et l’intelligence est partie.
C’est la seconde raison, plus profonde, dont on parle moins. Un système peut survivre à une morale douteuse tant qu’il est porté par de l’intelligence réelle. Quand l’intelligence sort, il s’effondre. Et elle est sortie.
La tech a un nom pour ça : la bozo explosion. Un dirigeant médiocre recrute par réflexe quelqu’un de plus médiocre que lui, par peur d’être dépassé. Ses recrues font pareil. À chaque étage, le niveau baisse. C’est une sélection négative, irréversible. Les institutions occidentales y sont. Les derniers esprits vraiment brillants du projet globaliste sont partis ou déjà morts à leur propre paradigme. Ce qui reste, ce sont des gestionnaires de gestionnaires.
Pendant ce temps, l’intelligence — celle qui prend un risque et construit — a migré. Elle est dans les labos, dans les garages, dans les startups. Elle a quitté le navire.
C’est pour ça que l’effondrement n’est pas un espoir. C’est une échéance.
L’IA accélère tout.
Elle ne va pas seulement « remplacer des jobs ». Elle fait deux choses infiniment plus radicales.
Elle démultiplie. Ce qui exigeait une équipe hier peut être fait par une personne aujourd’hui. La capacité de créer de la valeur, historiquement rare, devient abondante. Chaque individu déterminé devient une puissance.
Elle révèle. La corruption, le gaspillage, les allocations absurdes, les rentes protégées par l’opacité — tout devient visible. On ne pourra plus longtemps prétendre qu’un programme « protège » quand la donnée montre qu’il détruit. L’IA est un révélateur impitoyable et une arme de destruction massive contre le conformisme institutionnel. Chaque norme absurde, chaque commission parasitaire, chaque couche administrative qui empêchait les audacieux de construire — tout ça va sauter.
Et c’est déjà en train d’arriver.
Ce qui vient n’est pas un ajustement. C’est une bascule.
On entre dans le monde de l’abondance. Quand l’expansion redevient possible — vers le haut, vers l’espace, vers l’intelligence —, toute la logique du jeu à somme nulle s’effondre. On n’a plus à se battre pour les parts d’un gâteau fini. On fait un plus grand gâteau.
Dans quinze ou vingt ans, quand le globalisme et le wokisme seront rangés aux oubliettes, on verra nettement ce que représente ce moment : le passage d’une ère de déclin moral et bureaucratique vers une ère de conquête, de vérité et de construction massive.
Les questions redeviendront simples :
Est-ce que ça marche ?
Est-ce que ça crée de la valeur ?
Est-ce que ça rend les gens plus libres et plus capables ?
Le capitalisme n’a jamais été une morale. C’est une machine à traiter l’information dispersée. Quand l’information devient abondante et transparente, la machine devient redoutable. Le profit redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : le signal qu’une ressource rare a trouvé l’usage que des gens valorisent vraiment.
L’entrepreneur — celui qui engage un risque personnel pour faire exister ce qui n’existait pas — redevient la cellule de base du progrès. Pas parce qu’il serait plus vertueux. Parce que c’est le seul mécanisme connu qui aligne l’intérêt individuel et la création collective de valeur à grande échelle.
Ce qui vient n’est pas un retour à la normale. C’est une Renaissance. Un Big Bang.
Quand tu retires les chaînes à une civilisation qui a inventé l’imprimerie, le télescope, le moteur et l’ordinateur, tu n’obtiens pas un ajustement. Tu obtiens une explosion de création.
On peut rester dans le flou et l’inertie. Continuer de croire que le problème est un manque de contrôle, de normes, de redistribution. Beaucoup le feront jusqu’au bout — les systèmes ont une force d’inertie colossale.
Ou on peut regarder ce qui arrive, et s’y aligner.
L’espoir n’est pas de la naïveté. C’est la forme la plus radicale du courage : regarder le monde tel qu’il est — sa brutalité, son inertie, sa confusion — et décider quand même de construire.
Le futur va être brillant.
Pas parce que tout va bien.
Parce que les outils pour résoudre les problèmes n’ont jamais été aussi puissants, et que jamais les individus libres n’ont eu autant de moyens d’agir.
Le reste n’est qu’une question de volonté.
Au travail.