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Je viens de lire L'Islam contre la modernité, de @FerghaneA. C'est le livre le plus important publié en Occident depuis un siècle.
L'Islam et les valeurs occidentales, montre Azihari, sont incompatibles. L'islam n'est pas une religion comme une autre qu'il s'agirait de "réformer" sur le modèle du christianisme post-Vatican II. C'est un système politico-juridique total, né dans un contexte anthropologique singulier qui contient structurellement l'impossibilité de la modernité libérale.
Voici, en quatre points, pourquoi ce livre change tout.
Premier point. Il démolit le mythe de l'âge d'or islamique. Ce mythe est le verrou idéologique principal. Tant qu'on croit qu'il y a eu une "Andalousie tolérante", un "califat éclairé", une "civilisation arabo-musulmane" qui aurait nourri la Renaissance européenne, on est désarmé. Parce qu'on attend toujours le retour de cet âge d'or, on croit qu'il suffit d'attendre. Azihari démontre, sources à l'appui, que cet âge d'or est une fabrication tardive, largement orientaliste, projetée rétrospectivement sur des sociétés qui pratiquaient l'esclavage à grande échelle (jusqu'aux années 1960 dans certains pays), persécutaient les minorités (dhimmitude), et n'ont jamais produit l'équivalent intellectuel et scientifique de la Grèce, de Rome, ou de l'Europe post-Renaissance. Les "savants arabes" étaient majoritairement des Persans, des chrétiens nestoriens, des juifs, qui écrivaient en arabe parce que c'était la langue impériale (comme on écrivait en latin sous Rome). Le voile tombe.
Deuxième point. Il enterre l'illusion de la réforme. Depuis Ismaÿl Urbain en 1860 jusqu'à Macron en 2020, l'Occident parie sur "un islam des Lumières", "un islam de France", "un islam libéral". Azihari montre que ce pari a toujours échoué, partout, sans exception, et qu'il échoue pour une raison structurelle : à la différence du christianisme (qui est un judaïsme hellénisé, donc déjà imprégné de raison grecque), l'islam est une religion-cité qui ne sépare pas, dans ses textes fondateurs, le spirituel du temporel.
Azihari le démontre. L'intégrisme n'est pas la maladie de l'Islam, c'est sa lecture la plus fidèle.
Troisième point. Il restaure la possibilité du jugement. Pendant cinquante ans, le relativisme culturel nous a interdit de hiérarchiser. Il fallait dire que l'excision et la péridurale c'était "différent mais équivalent". Que la lapidation et le code civil c'était "deux traditions juridiques". Azihari refuse ce piège avec une élégance presque XVIIIe siècle. Il rappelle qu'il existe des sociétés où les femmes peuvent conduire, étudier, divorcer, hériter, et d'autres où elles ne le peuvent pas. Que ce n'est pas une différence neutre. Que c'est une différence de civilisation. Et que la compassion réelle pour les peuples opprimés consiste à les aider à sortir de ce qui les opprime, pas à folkloriser leur oppression au nom du respect.
C'est exactement le geste que Voltaire faisait contre l'Église catholique de son temps. Sauf qu'aujourd'hui les Voltaires sont rares, et qu'on les traite d'islamophobes.
Quatrième point. Il restitue à l'Occident la conscience de sa propre singularité. Le livre n'est pas un pamphlet "contre l'islam". C'est, en creux, le plus bel hommage à la modernité occidentale qu'on ait lu depuis longtemps. Azihari rappelle (et c'est précieux quand on a oublié) que la séparation du temporel et du spirituel, l'État de droit, l'égalité civile, la science expérimentale, le marché, la libre recherche, la libre pensée, ne sont pas l'air qu'on respire. Ce sont des conquêtes. Fragiles. Coûteuses. Réversibles. Acquises au prix de siècles de combats contre les théocrates, les inquisiteurs, les bûchers.
Voilà pourquoi ce livre est crucial.
J'ai un ami fondateur d'une boîte d'IA à SF, un Iranien dont la famille a fui Téhéran en 1979. Je lui ai offert le livre. Il m'a écrit deux jours après : "Enfin un Occidental qui comprend ce que nous, on a fui."
Pierre Manent disait que la question politique fondamentale est toujours : "Qui sommes-nous ?" Azihari répond. Nous sommes les héritiers d'Athènes, de Rome, de Jérusalem, des Lumières, de la science moderne. Nous avons construit la civilisation la plus libre, la plus prospère, la plus créative de l'histoire humaine. Nous n'avons pas à nous en excuser. Nous avons à la défendre, à la transmettre, à l'étendre.
Au travail.

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