Le ₿unker 🪖@LeBunkerBtc
T'as choisi ce train de vie parce que Yann Barthès, Konbini et un Réel Brut de 45 secondes t'ont expliqué que les mecs de la campagne étaient des beaufs consanguins qui votent Bardella entre deux barbecues Lidl.
Et maintenant t'es là, serré entre un type de 45 ans, chemise tucked-in en polyester bleu, badge Société Générale encore autour du cou comme une médaille qu'il aurait gagnée dans une guerre qu'il a perdue, et une meuf qui écoute un podcast sur le "slow living".
T'es là, dans ce couloir de Châtelet à 7h45, un NPC parmi les NPC, le genre de personnage qui respawn au même endroit chaque matin car il a vendu sa quête principale pour un badge Cpegemini et une mutuelle Alan.
Qui se croit libre parce que vendredi soir il y a un after-work à Ground Control, une Gallia tiède à 9€ et un DJ qui joue un set techno minimal que personne écoute vraiment parce que tout le monde est là pour être vu en train d'y être.
C'est ça, ta vie de fou.
Un warehouse à Aubervilliers. Une enclave de Carhartt entre les cadavres de Caprisun et les bonbonnes d'azote Tutti Frutti, à l'intérieur c'est Berlin, à l'extérieur c'est le RER B direction Stade de France à 3h du mat'
Des néons rouges. Une file d'attente de 40 minutes sous la pluie pour rentrer dans un hangar qui ressemble à l'entrepôt Conforama de Massy-Palaiseau, sauf qu'ici y'a un videur avec un bonnet et une politique de porte selective qui te donne l'impression d'avoir passé un entretien chez Google.
Ton agenda de la semaine c'est littéralement le même que le type de Clermont que tu méprises, mais remasterisé en HD parisienne.
Lui il va au Leclerc le samedi, toi tu fais ton marché "de producteurs" où les courgettes à 4€ pièce te donnent l'impression de participer à quelque chose d'utile.
Lui il regarde Hanouna le soir, toi tu t'endors devant un docu Netflix sur le changement climatique en te disant que t'es conscientisé.
Ta vie c'est un jeu en open world où t'as désactivé les quêtes principales pour faire des quêtes annexes en pensant que c'est ça, la liberté.
Se pointer à un rooftop bar un mardi, screenshotter la skyline, caption "golden hour hits different up here 🌇", puis rentrer dans ton 28m² à Oberkampf pour manger des nouilles chinoises devant ton ordi parce que la fin du mois est là.
Le beauf de la campagne lui, au moins, il sait qu'il est dans la matrice. Il rentre chez lui, il a sa maison, son jardin, son chien, et il te regarde toi avec ta gueule de type qui a "réussi" passer 2h30 par jour dans les transports pour 47m² de flex office climatisé où ton chef de projet envoie des Slack à 22h en mettant "pour demain mat' si vous pouvez 🙏"
Et un jour, dans dix ans, t'auras 39 ans, un dos qui lâche et un livret A à 4000€.
Tu regarderas autour de toi dans cet open space et tu verras des versions de toi avec cinq ans de plus qui font pareil. Même Slack. Même réunion. Même Gallia tiède le vendredi.
T'auras une meuf ou un mec rencontré sur Hinge, un appart à 1400€ par mois que vous partagez pour que ça passe, et vous appellerez ça "construire quelque chose".
Le gars de la campagne que tu méprisais aura fini de payer sa maison, avec ses trois gamins qui sautent sur le trampoline du jardin.
Toi t'auras une collection de souvenirs Instagram et une fatigue que t'arrives pas à expliquer au psy.
T'as pas raté ta vie.
T'as juste acheté la mauvaise version de la liberté.
Celle qu'on vend en story, en after-work et en footing chronométré au bord du canal Saint-Martin.
La version où être libre c'est choisir entre Oberkampf et Ménilmontant, entre Gallia et Heineken, entre un warehouse à Aubervilliers et un rooftop à Bastille.