Etienne Marcuz@Etienne_Marcuz
🇺🇸🚀🔥🚀Dessine-moi… le Groenland et la défense antimissile 🇺🇸
Hier, le président américain Donald Trump a réitéré ses velléités d’annexion du 🇬🇱Groenland, au prétexte que le territoire serait une pièce majeure de son futur système de défense antimissile Golden Dome, devant protéger le territoire continental états-unien. Or, ce programme va justement diminuer la dépendance des États-Unis vis-à-vis de leur base au Groenland. Explications.
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L’intérêt des États-Unis pour le Groenland dans le cadre de leur architecture de défense antimissile balistique (DAMB, ou ABM en anglais) ne date pas de l’administration Trump et remonte même aux années 1950, avec un premier radar d’alerte avancée mis en service en 1960.
Ce type de radar fait partie d’un réseau plus vaste de capteurs, comprenant actuellement des satellites en orbite haute pour la détection des départs de missiles et bientôt en orbite basse - nous y reviendrons à la fin. Les données des satellites en orbite haute, bien que précieuses, sont trop peu précises pour pouvoir déterminer exactement la zone d’impact — par exemple pour prévenir les populations concernées, ce qu’on appelle la défense passive — et encore moins pour envisager une interception. C’est donc le rôle de ces énormes radars d’alerte avancée, qui vont par exemple pouvoir affiner les données de trajectoire (la poursuite) et déterminer le nombre d’objets réellement menaçants au sein du cortège balistique (la discrimination des têtes nucléaires des leurres et autres débris issus du vecteur). Notons ici que le radar de Pituffik n'est d'ailleurs pas optimisé pour la discrimination en raison de sa bande de fréquence.
L’un des problèmes des radars, celui qui nous intéresse aujourd’hui, est qu’ils sont placés sur terre : leur champ de vision est donc contraint par la courbure de notre planète. Il leur faut donc attendre que le cortège balistique passe au-dessus de l’horizon pour pouvoir le suivre. Plus on est loin de la zone de tir, plus ce problème s’accentue, et donc plus la détection par le radar est tardive. Or, comme on l’a vu, les données radar sont (actuellement) primordiales pour envisager des solutions de défense, qu’elles soient passives ou actives.
C’est pourquoi les États-Unis ont choisi de placer des radars d’alerte avancée en amont, sur terre ou en mer, permettant une acquisition plus précoce des données nécessaires à la défense de leur territoire continental. Parmi les sites choisis, on peut par exemple citer celui de Fylingdales, au Royaume-Uni, celui de l’île de Shemya, sur les îles Aléoutiennes en Alaska, et bien évidemment celui de la base de Pituffik, également appelée Thulé, au Groenland (points bleus sur la vue Google Earth). Ce dernier présente un grand intérêt car il se trouve sur la trajectoire que prendraient de nombreux missiles russes (traces rouges), mais également chinois (traces jaunes), en cas d’attaque nucléaire contre les États-Unis continentaux.
Par conséquent, on peut effectivement conclure que oui, le radar de Pituffik est une pièce majeure dans l’architecture de défense antimissile américaine. Mais le narratif de l’administration Trump ne tient pas pour autant.
1. Comme indiqué en introduction, la base de Pituffik est opérationnelle depuis 1960, sans que les États-Unis n’aient eu besoin de disposer de la souveraineté du Groenland. Et comme cela est très régulièrement rappelé, le Danemark est l’un des pays, si ce n’est le pays, le plus atlantiste de l’OTAN. Si les États-Unis leur demandaient diplomatiquement de pouvoir installer du nouveau matériel, ou souhaitaient renforcer la sécurité de la zone par l’envoi de troupes supplémentaires, cela n’aurait très vraisemblablement pas posé de problème.
2. Certains mentionnent la possible volonté des États-Unis de placer non plus des radars, mais des missiles intercepteurs exoatmosphériques (qui interceptent leur cible hors de l’atmosphère) sur le territoire groenlandais. L'objectif serait de pouvoir effectuer une première tentative d’interception plus tôt sur la trajectoire des missiles, permettant une éventuelle seconde chance en cas d’échec. Si une telle capacité, appelée « shoot-look-shoot », a effectivement un intérêt opérationnel certain, cela ne nécessite pas non plus l’annexion du territoire concerné. La Pologne et la Roumanie hébergent déjà de tels intercepteurs américains sur leur territoire via le système AEGIS ASHORE.
3. Enfin, si le site radar de Pituffik est actuellement critique pour la défense des États-Unis, son rôle va aller en diminuant avec la montée en puissance du programme Golden Dome. En effet, ce programme met particulièrement l’accent sur la composante spatiale dans toute la chaîne, allant de la détection du départ de tir à l’interception. Pour la poursuite et la discrimination, rôle actuellement attribué aux radars, une constellation de satellites en orbite basse est actuellement en cours de déploiement. Appelée HBTSS (Hypersonic and Ballistic Tracking Space Sensor), cette constellation permettra de suivre l’ensemble de la phase balistique (ou planée pour un planeur hypersonique) du cortège une fois largué par le booster, permettant le calcul beaucoup plus rapide et fiable de solutions de tir pour les intercepteurs. Ainsi, il ne sera plus nécessaire d’attendre que le cortège, ou le planeur hypersonique, passe dans la nappe de détection d’un radar, permettant un gain de temps extrêmement précieux. Cela ne veut pas dire que les radars deviendront inutiles : il est toujours intéressant de disposer de sources de données provenant de capteurs de familles différentes. Toutefois, ils seront bien moins critiques à la défense des États-Unis qu’ils ne le sont actuellement.
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En résumé, alors que D. Trump justifie sa volonté d’annexion du Groenland pour son Golden Dome, ce programme de défense antimissile va justement diminuer l’importance du territoire arctique pour la défense du territoire états-unien. Il s’agit donc bien d’un prétexte qui cache d’autres intentions.
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