Grégory Raymond 🐳@gregory_raymond
J'ai dévoré ce week-end le documentaire de @ARTEfr sur "La fabuleuse histoire de l'argent" et franchement je le conseille à tous.
L'un des points qui m'a le plus intéressé, c'est qu'il revient largement sur les monnaies basées sur l'étalon-or.
Celles-ci ont été nombreuses dans l'Histoire à partir de la Grèce antique.
Dans la sphère Bitcoin, on entend souvent la même critique : les monnaies contemporaines ont commencé leur lente désintégration en cessant de reposer sur une réserve d'or.
C'est notamment à partir de la fin des accords de Bretton Woods, en 1971, que ça a commencé.
Les monnaies fiat seraient donc "pourries" parce qu’elles ne reposent sur rien d’autre que la confiance envers l’État.
Pas de collatéral, pas de limite, pas de règle autre que la volonté politique.
Et, depuis 50 ans, les banques centrales sont capables d’imprimer sans contrainte.
Mais l’alternative du retour à l’étalon-or n’est pas vraiment une solution non plus.
Historiquement, les monnaies adossées à l’or fonctionnent très mal dans des sociétés fondées sur la croissance, l’investissement et l’innovation rapide.
Pourquoi ?
Parce que l’offre de monnaie dépend strictement de l’offre d’or.
Et l’économie, elle, ne se plie pas au rythme des mines.
Résultat : pénurie de monnaie, déflation chronique, frein à l’investissement et crises qui s’enchaînent.
C’est exactement ce qui a aggravé la Grande Dépression à partir de 1929 : les pays les plus "orthodoxes" sur l’or ont plongé le plus profondément, et ceux qui en sont sortis tôt s’en sont relevés plus vite.
Donc oui, le fiat a des défauts (beaucoup même), mais l’étalon-or n’a jamais été un système monétaire compatible avec une économie moderne, où la création de valeur dépend de la flexibilité monétaire et de la capacité à absorber les chocs.
C’est tout le paradoxe :
Entre fiat illimité et or trop rigide, aucun des deux extrêmes ne répond parfaitement aux besoins d’une société dynamique.
Que penser de Bitcoin dans ce contexte ?
Il ne résout pas tout, loin de là, mais il change la nature du problème.
Là où l’or est physiquement rigide et où le fiat est politiquement manipulable, Bitcoin propose autre chose :
- une rareté programmable
- chacune des 21 millions d'unités est divisible en 100 millions de satoshis (et potentiellement à l’infini si la communauté se mettait d'accord sur un fork)
- vérifiable par tous
- nativement compatible avec l’économie numérique.
Contrairement à l’or, il se transporte instantanément, il peut s’intégrer dans des couches de paiement rapides (Lightning par exemple), et il est beaucoup plus difficile à saisir ou à contrôler par un État (comme par exemple en 1933 aux États-Unis).
À l’inverse du fiat, son émission ne dépend d’aucune volonté politique, d’aucun comité, d’aucune banque centrale.
La règle est connue, transparente, inaltérable sans consensus global.
Est-ce que ça en fait une monnaie parfaite pour une société en croissance ?
Pas forcément.
Une monnaie à offre fixe pose aussi des défis (risque déflationniste, volatilité persistante, etc.).
Mais Bitcoin évite plusieurs des pièges de l’étalon-or tout en limitant les dérives du fiat.
Selon moi, Bitcoin n’est ni l’or 2.0 ni le fiat 2.0.
C’est une troisième voie expérimentale.
Regardez cette série documentaire ça vaut vraiment le coup : arte.tv/fr/videos/RC-0…