Jean-François Le Drian@JF_LE_DRIAN
Derriére ce titre flatteur de 2018, c'est une "usine tournevis" dont on parle.
On visse, on peint, on finit, mais la valeur ajoutée locale reste très faible (souvent 10-30 % maximum, et encore, c’est optimiste : câblages, tissus de sièges, quelques pièces simples).
Il n’existe aucun écosystème de sous-traitants rwandais qui fabrique les pièces principales, contrairement au Maroc, à l’Afrique du Sud ou même à l’Égypte, où il y a des fournisseurs locaux, des fonderies, des usines de sièges, de câbles, etc.
Alors est-ce donc juste pour dire « on a une industrie au Rwanda » ?
Oui, en grande partie.
C’est une vitrine politique et marketing.
Pour Kagame, ça colle parfaitement à la stratégie « Made in Rwanda » et à l’image de modernisation.
On inaugure en grande pompe de la première voiture prétendument « made in Rwanda » pour faire reluire la peau du dictateur et attraper les foules.
La réalité, c'est que pour Volkswagen, c'est une entrée de gamme sur un marché minuscule (2 000-3 000 voitures neuves/an), avec aides gouvernementales, zone économique spéciale, formation de main-d’œuvre et surtout droits de douane beaucoup plus bas sur les kits que sur les voitures finies importées.
Et c'est coûteux.
Transporter tous les kits jusqu’à un pays enclavé (Rwanda) ajoute des frais de logistique importants, et le volume est trop faible pour amortir quoi que ce soit.
Sans les incitations fiscales et l’image « local », cela n’aurait aucun sens économique.
La production réelle a toujours été modeste : 2000 à 3000 véhicules de 2018 à 2021, puis "usine tournevis" quasi à l'arrêt pendant le Covid.
Sur ces deux derniéres années, cette usine tournevis n'a assemblé que quelques dizaines de voitures par mois : Polo, Virtus, Amarok…).
On est trés loin des 5 000 véhicules par mois annoncés à l’origine.
Bref, ce n’est pas une vraie usine de production comme en Europe ou en Asie.
C’est une usine "tournevis" classique des pays en développement avec peu de valeur ajoutée et aucun d’écosystème, qui lustre l'image du spin dictator, lui permet de claironner « nous industrialisons ».
Pour l’instant donc, le Rwanda en est resté au stade de la "vitrine politique et de l’assemblage symbolique".